Synopsis
Blue Valentine décrit le mariage moderne d’un femme « libérée » et d’un homme féminisé. Le film se déroule en alternant leur triste présent et des flashbacks de leur début de relation. Blue Valentine détruit purement et simplement le projet féministe égalitariste des couples, avec un homme qui se dévoue pour sa famille, accepte le passé sexuel chargé de sa partenaire, multiplie les sacrifices, pour ne recevoir que du désamour doublé de dégoût en retour. Démonstration brillante que l’égalité prônée par les féministes n’est qu’un leurre car purement incompatible avec le désir féminin. Rien est à jeter dans Blue Valentine. Observez attentivement les brillants jeux d’acteurs de Ryan Gosling et Michelle Williams pour voir à quoi ressemble un homme amoureux et une femme dégoûtée.
Analyse de Blue Valentine (Spoilers)
Rencontre
La première scène avec le jeune Dean nous présente un mâle Béta ayant à priori peu d’expériences avec les femmes, pas très ambitieux, un peu alcoolique mais plutôt mignon, ce qui lui sauve la mise. Un mec naïf ayant tout de même le mérite d’avoir compris que les femmes aimaient de manière opportuniste, malgré l’omission d’un paramètre essentiel de l’équation : être le second choix d’une femme va lui faire vivre un enfer.
En fait je pense que les hommes sont beaucoup plus romantiques que les femmes, moi. Quand on épouse une fille, on épouse la bonne, parce que le mariage ça nous fait peur. Jusqu’à ce qu’on rencontre une fille, et qu’on se dise : « Je serais trop bête de ne pas épouser cette fille, elle est fantastique ! »… Et on dirait qu’à un moment donné, les filles choisissent un gars parce qu’elles recherchent la sécurité. Je connais des filles qui ont épousé des gars juste parce qu’ils avaient de bons boulot. Elles passent leur vie à essayer de trouver le prince charmant et au final… Elles se marient avec le gars qui à un bon emploi et qui restera avec elles.
Dean
Une lueur d’Alpha éclate en lui lorsqu’il aura les couilles d’aborder Cindy et de persister jusqu’à ce qu’elle craque, alors qu’elle le repousse plusieurs fois (c’est la définition même du harcèlement). Il utilisera une technique de drague classique, le negging, qui consiste à rabaisser subtilement la fille qu’on convoite (« tu n’es pas drôle ») pour déprécier sa valeur symbolique et la faire douter. Technique qui fonctionne à merveille sur les cas soc’ souffrant d’une faible estime d’elles-mêmes (manque de confiance intérieur seulement, car étant généralement extérieurement hyper arrogante, pour compenser).
Atrophie testiculaire
Après ce court pic de testostérone, Dean va rapidement redevenir ce qu’il a toujours été : un gentil loser. Il est amoureux et pense avoir trouvé la femme de sa vie. Il va enchaîner les actes de soumission en lui rappelant quotidiennement qu’elle est trop bien pour lui et signera son arrêt de mort en choisissant d’adopter l’enfant que porte sa copine (conçu avec un mâle Alpha qui n’en avait rien à foutre d’elle, un classique). La scène de l’avortement nous gratifie, au passage, d’une double quenelle anti-féministe, avec au menu:
- une critique de la banalisation de l’avortement (Cindy ne peut pas supporter et choisi d’y renoncer)
- un magnifique slut-shaming, totalement gratuit et absolument pas indispensable au scénario. L’infirmière demande à Cindy l’âge de sa première relation sexuelle (13 ans) et insiste pour connaître son nombre de partenaires (réponse gênée de 20-25, car mensonge probable). À en refiler le cancer à n’importe quelle féministe enragée.
Lente agonie

N’ayant toujours eu que sa gueule de minet pour lui, sa calvitie apparente et son constant manque d’ambition vont rapidement ruiner le couple de Dean. Sa femme n’est plus étudiante et a acquis un statut social (et sûrement des revenus) plus important que lui, donnée importante qui va accentuer sa perte de désir.
Les deux scènes à l’hôtel sont les plus réalistes et cruelles :
- Cindy lui reproche ce manque d’ambition. Dean lui explique qu’il aime son travail sans stress, que ça lui libère du temps pour elle et leur enfant, qu’il ne voit pas l’intérêt de faire plus d’argent si il est heureux comme ça. Il incarne donc le rêve féministe théorique : un homme qui s’occupe de ses enfants (plus qu’à part égale!), qui gagne tout de même sa vie, et qui permet même à sa femme de se consacrer à sa carrière.
- Elle refuse de coucher et de faire un enfant avec lui, balayant d’un revers de main le sacrifice de vie énorme qu’il a fait pour elle (en adoptant l’enfant d’un autre), car elle est absolument écœurée par son comportement de mâle soumis. Cindy optimise donc au passage sa sexualité en ayant eu son enfant avec un mâle Alpha pour finalement trouver un autre père, qui la dégoûte par son manque de virilité (elle le lui dit d’ailleurs en face à l’hôpital : « tu n’es pas un homme »), mais stable.
Fin du game
La scène de la cuisine résume tout. Cindy a accumulé des années de ressenti envers Dean et n’en peut plus. Il n’a rien fait de mal. mais n’a juste pas évolué, est resté soumis et sans ambitions, attitude incompatible avec le désir d’une femme. Il tente le tout pour le tout : pathétiques pleurs, lui demande ce qu’il doit faire, lui parle de l’avenir de leur enfant en la traitant d’égoïste. Elle s’en fout. Jamais il ne pourra raviver la flamme. Elle veut juste qu’il se barre, que tout s’arrête, il l’écœure.
Lors de la scène finale, le gosse veut rester avec son père adoptif car il le préfère (mère absente qui a choisi sa carrière au détriment de sa famille). Le sous-entendu est clair, quelque soit les conditions familiales lors du divorce, c’est la mère qui obtiendra la garde donc autant partir sans se battre.
Les détails qui montrent que le scénariste a tout compris
Quelques subtiles cartouches anti-féministes que je n’ai pas pu placer dans l’analyse:
- Dean fait un cunni à Cindy lors de leur première fois, il ne se fera jamais sucer en retour
- Cindy se fait copieusement prendre en levrette (sans contraception) par Bobby, son athlète Alpha qui lui crache dedans sans prévenir mais jamais il n’y a de scène de baise avec Dean, que du romantisme de soumis
- elle consacre sa vie à son taff alors que son patron veut juste la baiser et la faire bosser au maximum. Dean la prévient car lui a compris le manège, mais elle choisit quand même son job au détriment de sa vie de famille
- le père de Cindy a compris qui était sa fille quand il déclare : « d’habitude elle ne ramène pas ses mecs à la maison, j’imagine que là ça doit être du sérieux ». Sa mère dit ensuite à Dean de ne pas l’écouter. La bonne vieille solidarité féminine face à la logique masculine. Le père essaie quasiment de prévenir Dean qu’il va se faire niquer dans l’histoire.
- Le père de Dean s’est fait larguer par sa mère pour un autre mec quand il avait 10 ans (le scénariste aurait très bien pu dire l’inverse puisque ça n’impacte absolument pas l’histoire.. mais non)
- Cindy recroise son salaud d’ex au supermarché et ne peut s’empêcher d’être heureuse de le revoir, alors qu’elle devrait le haïr. Elle appartient éternellement au mâle Alpha qui l’a quitté. La tension sexuelle entre eux crève les yeux, elle aurait probablement succombé dans d’autres circonstances, s’en veut, et est du coup nerveuse dans la voiture. (C’est d’ailleurs elle qui conduit dans toutes les scènes)
Amusant de voir les critiques décrire Blue Valentine comme une simple histoire d’amour qui foire (« ça n’a pas marché, c’est ballot »), sans jamais mentionner le mot féminisme. Chacun voit midi à sa porte.